What's on at the flicks?

Carnet d'un cinéphile amateur

27 août 2008

Funny Games UK

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            « Depuis la restauration de Charles II, les clubs révolutionnaires étaient abolis. […] Aux Clubs Républicains avaient succédés les clubs monarchiques. On s’y amusait décemment. […]

            Il y avait le Club des Coups de Tête, ainsi nommé parce qu’on y donnait des coups de tête aux gens. On avisait quelque portefaix à large poitrail et à l’air imbécile. On lui offrait, et au besoin on le contraignait d’accepter, un pot de porter pour se laisser donner quatre coups de tête dans la poitrine. Et là-dessus on pariait. Une fois, un homme, une grosse brute de gallois nommé Gogangerdd, expira au troisième coup de tête. Ceci parut grave. Il y eut enquête, et le jury d’indictement rendit ce verdict : « Mort d’un gonflement de cœur causé par excès de boisson ». Gogangerdd avait en effet but le pot de porter.

            Il y avait le Fun Club. Fun est, comme cant, comme humour, un mot spécial intraduisible. Le fun est à la farce ce que le piment est au sel. Pénétrer dans une maison, y briser une glace de prix, y balafrer les portraits de famille, empoisonner le chien, mettre un chat dans la volière, cela s’appelle « tailler une pièce de fun ». Donner une fausse mauvaise nouvelle qui fait prendre aux personnes le deuil à tort, c’est du fun. C’est le fun qui a fait un trou carré dans un Holbein à Hampton-Court. Le fun serait fier si c’était lui qui avait cassé les bras à la Vénus de Milo. Sous Jacques II, un jeune lord millionnaire qui avait mis le feu la nuit à une chaumière fit rire Londres aux éclats et fut proclamé Roi du Fun. Les pauvres diables de la chaumière s’étaient sauvés en chemise. Les membres du Fun Club, tous de la plus haute aristocratie, couraient Londres à l’heure où les bourgeois dorment, arrachaient les gonds des volets, coupaient les tuyaux des pompes, défonçaient les citernes, décrochaient les enseignes, saccageaient les cultures, éteignaient les réverbères, sciaient les poutres d’étai des maisons, cassaient les carreaux des fenêtres, surtout dans les quartiers indigents. […]      

            Le plus distingué des clubs était présidé par un empereur qui portait un croissant sur le front et qui s’appelait « le Grand Mohock ». Le mohock dépassait le fun. Faire le mal pour le mal, tel était le programme. Le Mohock Club avait ce but grandiose : nuire. Pour remplir cette fonction, tous les moyens étaient bons. En devenant mohock, on prêtait serment d’être nuisible. Nuire à tout prix, n’importe quand, à n’importe qui, et n’importe comment, était le devoir. Tout membre du Mohock Club devait avoir un talent. L’un était « maître de danse », c'est-à-dire faisait gambader les manants en leur lardant les mollets de son épée. D’autres savaient « faire suer », c’est-à-dire improviser autour d’un bélître quelconque une ronde de six ou huit gentilshommes la rapière à la main ; étant entouré de toutes parts, il était impossible que le bélître ne tournât pas le dos à quelqu’un ; le gentilhomme à qui l’homme montrait le dos l’en châtiait par un coup de pointe qui le faisait pirouetter ; un nouveau coup de pointe aux reins avertissait le quidam que quelqu’un de noble était derrière lui, et ainsi de suite, chacun piquant à son tour ; quand l’homme, enfermé dans ce cercle d’épées, et tout ensanglanté, avait assez tourné et dansé, on le faisait bâtonner par des laquais pour changer le cours de ses idées. D’autres « tapaient le lion », c’est-à-dire arrêtaient en riant  un passant, lui écrasaient le nez d’un coup de poing, et lui enfonçaient leurs deux pouces dans les deux yeux. Si les yeux étaient crevés, on les lui payait.

            C’étaient là, au commencement du dix-huitième siècle, les passe-temps des opulents oisifs de Londres. Les oisifs de Paris en avaient d’autres. M. de Charolais lâchait son coup de fusil à un bourgeois sur le seuil de sa porte. De tout temps la jeunesse s’est amusée. »

(Hugo, L’homme qui rit, II, 1)

            

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26 août 2008

La définition du mec bien

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....

Comment définir le mec bien ? Voilà un problème face auquel bien des philosophes ont jeté l’éponge.

Car le premier problème auquel nous nous heurtons pour définir le mec bien est le problème du bien et du mal, n’est ce pas. Qu’est ce que le bien, qu’est ce que le mal ?

Pour ne pas pourrir cet article déjà mal entamé, écrit d’après une soudaine et frivole envie de dire n’importe quoi, simplifions cette première question, et disons que tout ce qui n’est pas bien est mal, et tout ce qui n’est pas mal est bien. Vérifions : ma voisine n’est pas mal = ma voisine est bien. Ca marche.

Mais ce travail préliminaire ne nous aide pas pour autant à définir ce qu’est un mec bien. En effet, rajouter le mot "mec", c’est rajouter toute une familiarité et une promiscuité au bien.

Ca complique bien des choses.

Demandons donc leur avis à des gens qui n’existent pas.

La question est, je vous le rappelle : qu’est ce qu’un mec bien ?

Mme Hebert, par exemple, 65ans, retraitée, au chômage, employée des mines d’uranium de Rennes : « C’est d’abord quelqu’un de propre sur lui, qui respecte la société et les personnes âgées, et qui bla bla bloutch, bloutch bal bla ». Soyons indulgents, Mme Hebert a vécu, et elle en a vu des choses ; tiens, hier encore, son mari est mort d’une crise d’apoplexie alors qu’il était au toilettes. Solidarité.

Bon, demandons à celui-ci : Steve, 17 ans, étudiant en biochimie transcendantale à Lorient, DJ le jour : « C’est quelqu’un de fidèle, avec qui on sait qu’on peut toujours s’éclater et aller en boîte all night long »

Pourquoi pas. Un chien pourrait-il faire l’affaire ?

« Non, il faut qu’il soit humain, sinon, ça ne compte pas. »

Bien, nous avançons.

Christophe, 28 ans, engastrimythe et gastroentérologue à Nantes :

« C’est un ami honnête, connu depuis longtemps, qui a des valeurs, sur qui on peut compter, qui prête toujours l’oreille à nos soucis, sait conseiller, mais qui sait aussi déconner comme il faut quand il le faut »

« Il faut donc qu’il soit humain ? »

« Pas du tout. Un cheval fait l’affaire. »

Nous voici de retour à la case départ.

Si vous ne l’aviez pas déjà compris, on ne saura pas au bout des quelques mauvaises prochaines lignes de l’article comment on peut raisonnablement définir un mec bien. Cependant je peux vous raconter une histoire de moi avec mon copain qui marchaient dans la rue où l’expression "mec bien" a été employée.

Moi et mon copain, donc, on marchait dans la rue et puis tout à coup, il me regarde en souriant légèrement, il me donne une tape dans le dos, et puis il me dit :

« Tu sais, Svedor, t’es un mec bien »

Ce à quoi je lui ai répondu (ou peut-être que j’invente ça maintenant) :

« Moi, je pense que tu es un connard de trou du cul »

« C’est ce que je voulais dire. On s’est bien compris »

Après, on a parlé poker.

...

PS. Tapez "mec bien" sur google images, et vous avez les réponses à notre question.

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20 août 2008

Crimes et perversion

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De Jennifer Lynch

Un polar, car cela semble être une simple enquête policière ; un thriller, car le film ajoute à cette enquête le côté angoissant des tueurs en série ; un film d’horreur, car il va plus loin que le thriller : un tueur à la Leatherface, un cadre et une ambiance qui font également bien penser à The Texas Chainsaw Massacre, et une petite jeune fille très intelligente et presque médium…

Les événements constituants le cœur de l’intrigue sont racontés après coup par les survivants, ceux-ci cachent certaines choses, donnent des versions différentes des événements… Jennifer Lynch s’est justement exprimée de manière assez intéressante pour justifier cette structure d’histoire :"La notion de point de vue est une chose qui me fascine. Nous avons notre propre façon de voir le monde, et la perception d'un même événement peut donc être très différente d'une personne à une autre. […] Pour comprendre l'intégralité de l'histoire, [les personnages] vont devoir raconter les uns après les autres les événements dont ils ont été témoins. Ils mentent tous, cachent quelque chose, mais chacun possède une partie de la vérité. La honte qu'ils ressentent et la raison qui les pousse à mentir sont au cœur de chaque personnage."

Si tous les personnages mentent, c’est pour cacher leur côté dévoyé, pervers, vicieux. Le cœur des personnages, c’est leur difformité. Et c’est ce qui crée une ambiance particulièrement étrange et tendue, comme si tout d’un coup quelque chose allait surgir, que le contrôle serait perdu. Et, avec moins de talent que son père certes, Jennifer Lynch arrive à transmettre la tension qu’on ressent dans les personnages aux choses : les lieux eux-mêmes, ou les objets deviennent inquiétants, car peut-être eux aussi ne sont-ils pas tels qu’on les perçoit, peut-être nous cachent-ils aussi quelque chose d’obscur, d’inquiétant. C’est cette tension entre ce qui est perçu et ce qui ne l’est pas, car caché ou imperceptible, qui crée une atmosphère si particulière au film et, je pense, aux Lynch en général.

Au niveau des événements relatés, il n’y a pas conflit entre les éléments racontés par les témoins, mais ceux-ci au contraire se complètent, comme un puzzle, jusqu’à ce que toute l’histoire soit connue à la fin. Chaque personnage va laisser un certain vide dans ses propos, qu’un autre témoin, parce qu’il a vu la scène sous un autre angle, va combler par son témoignage. La structure est donc bien conforme aux ambitions de Lynch, et de plus elle permet d’entretenir le suspense sans cesse présent grâce aux nombreuses ellipses effectuées, qui seront plus tard révélées, et qui permettent de maintenir le mystère du récit.

Jennifer Lynch est inspirée par le cinéma de son père, et cela se voit. On pense à Twin Peaks, mais aussi à un Mulholland Drive par exemple. La bascule qui s’opère sans cesse entre une part cachée et une part avouée, entre la démence et la bienveillance jouée des policiers en patrouille, et enfin l’inversion des rôles (ceux qui enquêtent deviennent ceux sur qui on enquête, voir aussi le jeu des policiers en patrouille et le jeu sur les caméras de surveillance), tout cela fait penser au passage de la première à la seconde partie de Mulholland.

Et ce qui m’a fait le plus apprécier le film, c’était justement de retrouver cette ambiance à la Lynch, déviante, perverse, angoissante. Heureusement, Jennifer Lynch parvient à avoir sa touche personnelle, et c’est d’ailleurs plus qu’une touche ; On a l’impression de quelque chose de plus intestinal, de plus direct aussi, d’une violence autrement traitée,  et le film arrive donc à être une expérience différente, et plutôt réussie.

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16 août 2008

Why so serious ?

The Dark Knight

De Christopher NolanPicture16

J’avais quitté l’homme chauve-souris sur les merveilleux Batman Forever et Batman et Robin, qui méritent le titre de film interdit aux plus de huit ans. Entre temps, Nolan a repris en main les aventures de Bruce Wayne pour en faire une saga, dont le premier opus fut Batman Begins, au bilan contrasté. Le principal reproche qui fut fait à Nolan à la sortie du film fut d’avoir voulu rendre trop réaliste et rationnel le personnage de Batman. Mais en même temps, Nolan avait amorcé l’assombrissement du héros, ce qu’il poursuit dans The Dark Knight. Le titre annonce d’ailleurs bien la couleur.

Et ce n’est pas une nouveauté dans le film de super héros : Il n’y a qu’à voir la saga Spiderman pour s’en convaincre : les réalisateurs concentrent beaucoup plus leur attention sur la part sombre d’un héros. Comme dans Spiderman, le héros peut un jour être admiré des foules, et l’autre, être rejeté. Il doit faire des choix, entre soi et les autres, entre sa personne privée et sa personne publique. Le héros doit sans cesse se battre contre lui-même, trouver l’équilibre entre ses deux identités. De ce côté-là, rien de neuf donc pour The Dark Knight, qui reprend toutes les éléments qui avaient fonctionné dans, par exemple et surtout, la saga Spiderman. Le film est alors porté par un rythme haletant, grâce notamment à un montage efficace, et offre quelques scènes d’action bien maitrisées et qui s’intègrent assez bien dans le film. Sans aller jusqu’à l’overdose d’action, ces scènes sont rituelles dans un tel film et ne sont pas trop encombrantes. Nolan réussit à tenir 2h27 sans ennuyer son spectateur.

Mais le film va encore plus loin qu’un Spiderman dans la découverte de la part sombre de son héros ; le film est bien plus noir, ce qui le rend aussi d’autant plus intéressant. L’esthétique est aussi bien plus réussie, sorte d’esthétique décadente, négligée, dont le maquillage du Joker est le parfait exemple. Et, d’ailleurs, ce personnage du Joker est l’énorme plus de ce film de super héros. Il est charismatique, grâce à la bonne performance de Heath Ledger – qui a malgré lui crée un véritable tourbillon autour du film du fait de sa mort.

Le Joker compense déjà le léger manque d’envergure de Christian Bale (dont la voix en Batman est assez troublante). Et il a bien plus de force que n’importe quel méchant de n’importe quel film de super héros, car il est l’archétype du méchant. Enfin, dans cette saga Batman où le héros est rationalisé, expliqué, où les armes sont des gadgets récupérés des labos de la CIA, où Fox se transforme en Q jamesbondien, où les méchants de seconde main sont des trafiquants hongkongais et où le Joker envoie la vidéo de sa prise d’otage à la chaine de télé GCN, le Joker, lui, échappe à cette volonté d’explication et de "rationalisation". Un peu à la manière des deux bourreaux de Funny Games US, le joker brouille les pistes quand il s’agit d’expliquer son déséquilibre et son sourire cicatrice : une fois c’est son père ivre qui l’a mutilé, une autre fois c’est lui-même qui s’est infligé cette blessure par amour pour sa femme. Le Joker, insaisissable, permet à cet épisode de Batman de recouvrer la folie et la fantaisie que le personnage même de Batman a perdu.

Le second méchant, double face, est lui aussi très bien traité. Ayant un rôle assez mineur, et montré méchant qu’à partir de la fin du film, il permet d’illustrer la lutte de Batman entre le bon et le mauvais, au dessus des lois, un thème que Spiderman ou même Star Wars effleuraient aussi.

Résumons : Un Batman plus réaliste, une histoire plus rationnelle, mais le Joker, grande réussite du film, et une bonne mise en scène. Un divertissement de qualité, quelques réflexions par-ci par-là, mais ça ne va pas beaucoup plus loin, et heureusement, car ce n’est pas forcement ce qu’on demande. C’est plaisant, et ce n’est pas irréfléchi : tout ce qu’on souhaite d’un tel film.

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27 juillet 2008

Russian Circles

Solaris

D’Andrei Tarkovskisolar455645623

Voilà un maître du cinéma : Tarkovski

Voici son chef d’œuvre : Solaris.

Adaptation libre du roman de Stanislav Lem

Kris Kelvin est un scientifique pragmatique. Il est envoyé sur la planète Solaris pour évaluer l’avancement des recherches faites dans la station spatiale.

Burton, un ex-pilote, a expérimenté l’irrationnel de l’Océan. Il avertit Kelvin de visions qu’il a eu en survolant l’Océan de Solaris.

Kelvin ne l’écoute pas. Il ne croit pas à ces démences.

Burton est pilote, et non scientifique.

Arrivé sur place, Kelvin est en proie à la solitude, mal accueilli par les deux scientifiques restants, et à des hallucinations.

Son ex-femme l’a rejoint dans la station. C’est parfait. Elle est morte depuis des années.

Le film semble parfois avoir des accents surréalistes, surtout dans la première partie.

C’est captivant, car il se dégage de l’ensemble une impression d’étrange, d’angoisse, de folie.

Toute la première partie, y compris le début sur terre, c’est du mystère. On ne sait pas, si c’est vrai, ou non, ce que raconte Burton ; si ce que Kelvin voit, c’est normal, ou fou.

On ne voit jamais qu’à moitié les choses.

Sentiment de l’étroit, de l’inavouable aussi, du monstre.

De là naît l’angoisse.

La seconde partie perd en rythme ce qu’elle gagne en profondeur. Solaris prend son ampleur « métaphysique », allégorique.

On est loin d’une révolution visuelle à la 2001, et on sait que le budget du film avait été réduit de moitié, ce qui l’ampute de cette possibilité. Mais c’est filmé avec art, rien à dire.

Des trouvailles, et des mouvements accompagnant les hallucinations avec grâce.

Voir la fièvre de Kelvin. Sans cesse mobile, la caméra capte differents moments de la perception de kelvin qu’elle juxtapose les uns derrière les autres, sans coupe, et dans un même mouvement ample et rigide. Comme la pensée. Un enchainement limpide, quoique absurde, sous la fièvre.

Efficace.

Attention spoilers – Ce que j’ai compris du film.

« Eternelle présence du passé »

Quoiqu’on fasse, le passé toujours resurgit dans le présent pour guider, empiéter sur notre vie, nos actions. Tuée sans cesse, toujours revenante, la femme de Kelvin.

Elle est morte depuis des années. Inaltérable.

Pour un passé personnel et impersonnel –les autres scientifiques subissent eux aussi cette continuelle réapparition.

Conscient et Inconscient. Refoulement. Voire Et deuil.

Forme de la station : circulaire. La forme de la pensée.

Le flux et le reflux des herbes, dans l’eau.

La femme, morte, refoulée ? Un souvenir désagréable. Volonté de l’oubli ?

Elle reste présente. Travail de l’inconscient. Elle est crue oubliée. Elle resurgit, tout d’un coup. Sans cesse de nouveau elle est toujours refoulée. Et elle revient, infatigable, hanter Kelvin.

Puis, il accepte ce qu’il ne peut échapper. Il ne veut plus s’en séparer, de ce souvenir, de cette pensée persistante, obsédante.

Et c’est elle qui le quitte. Refoulée, elle revient. Acceptée, elle s’en va. Kelvin, assumant, se libère des douleurs oubliées ? Le refoulé assumé, dépassé.

Kelvin retourne sur terre, en fait sur Solaris, à la fin. Prisonnier ? Non, libéré. Assumant, il quitte la terre, cet état de la pensée bridée, il cherche le chemin vers soi dans la station, et le trouve enfin, sur Solaris, il est accompli. Le conscient –la terre au début -, l’inconscient – la station -, la pensée réconciliée- la mise en abyme finale.

Kelvin fait face à ses pensées refoulées pour mieux s’accomplir et se retrouver en soi. Il habite son soi, son intérieur à la fin du film. Il est devenu lui-même.

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11 juillet 2008

Elle conduisait mal

Un conte de Noël

D’Arnaud DesplechinUn_conte_de_noel

En achetant ma place, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je me préparais même à peut-être quitter la salle en pleine projection, tant ce film était taché dans mon esprit d’à priori négatifs. Au bout de vingt minutes, j’avais déjà l’impression que c’était un chef d’œuvre. A la fin de la projection, je me demandais comment ce film n’avait pas pu obtenir la palme d’or, à Cannes.

C’est l’histoire d’une famille, qui, brisée par des haines et des rancoeurs, va se réunir dans son intégralité le temps d’un Noël, autour de Junon, malade, qui elle attend une greffe de moelle pour pouvoir guérir. C’est l’occasion pour Henry, l’enfant terrible de la maisonnée, de faire son retour, après six ans de bannissement par sa sœur Elisabeth à la suite d’un contentieux financier. L’histoire, c’est du quotidien, c’est du littéraire ; c’est du banal, c’est de l’extraordinaire.

Desplechin s’amuse à décrypter ces liens du sang brouillés par la haine et le remords ; l’éclatement des rancoeurs, le non-dit des tensions entre individus, tout est rendu à la perfection. C’est merveilleusement dialogué, et merveilleusement interprété par Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Anne Consigny ... Parfois, on a l’impression d’assister à une de ces scènes de déchirures verbales dont les personnages de Yasmina Reza ont le secret.

On entre donc dans la vie de cette famille - parfois invité, parfois non (cf. les vues de judas et les regards caméra) - si simple, et si compliquée. Le film est léger et délivrant comme un conte, mais il est aussi grave et douloureux, comme un mythe. Le prénom de la mère, Junon, et les relations entre frères, marquées par l’adultère, la haine, la vengeance, l’amour, le châtiment, la tare généalogique ; tout cela nous inscrit dans le mythe, et le Noël semble parfois tourner aux dionysies sous ses volutes de fumée et ses litres de vins déversés dans les gosiers, mais si les codes en sont parfois respectés, ils sont aussi brouillés ; la famille devient plus forte que le mythe, elle est ordinaire, ou bizarre, selon les points de vue. Comédie et tragédie d’entrechoquent dans ce film, sans jamais qu’un genre prenne le dessus sur l’autre.

Pour ne rien gâcher, Desplechin filme avec un style de grand virtuose, souple et grandiose, aérien, poétique. Plusieurs plans d’une même scène juxtaposés, des coupes ingénieuses…Le montage est lui aussi très réussi, et que dire des musiques ? Elles sont simplement toutes enivrantes, bien mises, au bon moment. La narration est rythmée et subtile, présentant les personnages un à un et chronologiquement embrouillée au début, puis séquencée à partir de la réunion. Le cinéma est là, et plus que jamais, un geste artistique

Un chef d’œuvre.

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10 juillet 2008

Rétro des films de l'année #2

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Youth without Youth

De Francis Ford Coppola

Youth without Youth, c’est l’histoire de Dominic Mattei, savant au crépuscule de son existence, qui va être frappé par la foudre et retrouver une jeunesse, mais une jeunesse merveilleuse car accompagnée de dons fabuleux permettant à notre petit Faust d’apprendre des milliers de langues et dialectes sans efforts et de lire des bouquins en passant la main dessus. Génial remède pour explorer les gouffres de la connaissance et finir l’œuvre d’une vie - remonter aux origines du langage et à l’émergence de la conscience chez l’homme.

Les thèmes abordés sont donc particulièrement intéressant : la crainte de la mort, la vertige de la connaissance, l’incomplétude de l’existence… Tout cela, sur le papier, est juste enthousiasmant. Mais on a la terrible impression que tous ces sujets, plus vastes et intéressants les uns par rapport aux autres, ne sont jamais traités que sous forme allusive, qu’ils ne constituent jamais le cœur du film, lui servant pourtant de prétexte. Le film semble se cacher derrière une forêt de symboles éculés (La rose rouge, le miroir, la thématique du double…), lâchés un peu à l’emporte pièce et avec lesquels le spectateur doit jouer au lego pour donner un semblant de cohérence à ce qu’il voit.

Mais, on l’a bien compris, le thème majeur du film, et qui englobe tous les autres thèmes, c’est celui du temps. Sa fuite, la volonté de le rattraper, l’angoisse ressentie face à lui…A plusieurs reprises, on voit que Coppola veut inscrire son film et ses personnages hors du temps ordinaire ; Une jeune femme ne fait que vieillir à mesure qu’elle remonte à l’origine, Mattei, lui, rajeunit alors qu’il progresse dans une sorte de futur ; le film lui-même est marqué par ses paradoxes temporels : l’image est belle et parfois la technique est quand même évoluée, mais les génériques du film sont comme ceux du début du siècle. On ne comprend cependant pas vraiment ce que veut par là nous dire Coppola, l’inscription de l’œuvre d’art dans l’intemporalité ? Cet instant intemporel de l’art qui catalyse toutes les sources de connaissances ? On ne voit pas bien, c’est brouillon, c’est simpliste.

Et l’histoire qui est racontée n’est elle-même pas des plus captivantes : elle souffre d’un grand manque de rythme et d’un grand manque de vraisemblance. Le fantastique est par exemple très mal géré, et en devient quasiment grotesque (voir les scènes de lectures avec la main magique…) ; certaines scènes et personnages sont caricaturaux et lourds à souhait, comme ce nazi gentil qui laisse passer Mattei en lui révélant à voix basse « je ne suis nazi que symboliquement ».  D’un point de vue technique, Coppola est un artiste, et c’est souvent assez bien fait, mais on a parfois l’impression que cette technique, au service de la beauté de l’image, est gratuite, qu’elle ne signifie rien - par exemple les plans en biais ou inversés lorsque Mattei rêve. La mauvaise simplicité avec laquelle les thèmes sont abordés, ainsi que la lenteur et les défauts de la narration, font qu’on s’ennuie sec devant l’écran, espérant un quelconque rebondissement qui relance l’action et la réflexion, et qui n’arrive jamais.

Certains critiques ont vu dans ce film un hommage par Coppola lui-même à sa filmographie – Dracula et la jeune femme vampirisée par Mattei, Jack avec cette thématique de l’age…- et aussi au cinéma – au Faust de Murnau ou à 2001 par exemple, mais, si c’est cela, je ne vois pas l’intérêt du film. Il me semble qu’il est gâché par cette aspiration au chef d’œuvre, qui tue une œuvre d’art ; Coppola veut trop faire et ne fait finalement rien de bien. Sans nul doute, Coppola est un des maîtres du septième art, mais ce n’est certainement pas Youth without Youth qui fondera sa postérité.

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08 juillet 2008

Oncle sam

Jarhead

De Sam Mendes jarhead

Le désœuvrement d'une troupe de G.I. durant la guerre du golfe, la première. Leur entrainement aux Etats-Unis, leur arrivée dans le désert, leur déception de ne pouvoir participer au combat. Ou, plutôt, leur déception de ne pouvoir combattre comme ils l'avaient appris. Sam Mendes sur le terrain devenu glissant des films anti-guerre.

Soyons clair : le film est raté. On ne s'ennuie pas vraiment en regardant le film, mais celui-ci apparait être comme un grand pillage de tous les meilleurs films anti-guerre : la phrase qui ouvre et conclut le film fait bien penser à The Dear hunter, le déroulement du film entrainement/désert, ainsi que le gars qui souhaite prendre à ses côtés un arabe mort, ont clairement pour modèle Full Metal Jacket. D'ailleurs, the Dear hunter et Apocalypse now sont cités dans le film, respectivement devenus un film de cul fait maison et un film de propagande pro-marines. Peut-être que cette accumulation de copier-coller et de références veut signifier l'effet zéro de ces films, qui n'empêchent pas des gens de faire la guerre, en tout cas, cela empêche le film de se construire des bases à lui, et donc de développer une histoire - et une critique ? - originale.

Ajoutons à cela un grand ramassis de stéréotypes empilés les uns sur les autres, et Jarhead cesse définitivement d'être original. C’est pourtant domage, parce qu'on sent parfois que le film aurait pu être intéressant. La scène du sniper qui vise la tour de contrôle est pas mal du tout, de même que celle où Swofford s'assied à côté d'un homme carbonisé, seulement, dans la première scène, l'un des snipers finit en pleurs, dans la seconde, le soldat se met à vomir; en gros, il y a trop de pathos et de réactions types pour qu'on l'on soit dedans. Un mauvais film anti-guerre donc, qui ne parvient à aucun moment à tirer son épingle du jeu.

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06 juillet 2008

Retro des films de l'année #1

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Eastern Promises

De David Cronenberg

          

            Une interview de Cronenberg dévoile le but poursuivi par le cinéaste dans ce nouveau film. Il y dit qu'il souhaitait montrer cet aspect de la société multiculturelle, qui engendre parfois des organisations criminelles issues de l'immigration. Cette organisation va alors fédérer - ou non - autour d'elle les membres de sa communauté, ou à tout le moins elle va en constituer le centre de gravité, un peu à la manière de la mafia dans la communauté italienne aux États-Unis. Pour aborder un tel sujet, Cronenberg choisit bien son décor - Londres, choisie justement pour son aspect multi-culturel et son casting qui, avec Naomi Watts, Viggo Mortensen et Vincent Cassel, est lui aussi cosmopolite.

          

             Londres est donc le nouveau Chicago où la mafia, russe cette fois, règne. Une sage-femme, elle-même d'origine russe, va avoir le malheur de se mêler de leurs ognions, et, une fois empêtrée dans des affaires avec cette mafia, elle aura du mal à s'en défaire. Cronenberg arrive à faire un vraiment bon polar, en insufflant à chaque scène une grande tension, en donnant l'impression que tout peut éclater d'un moment à l'autre dans un déchaînement de violence. Un mot de travers, un signe mal interprété, un geste maladroit, et tout peut basculer. La moindre situation semble toujours comporter en elle une violence prête à éclater.

            L'action ne manque pas de rythme, notamment grâce à la diversité psychologique des personnages incarnés, mais aussi parce que Cronenberg choisit, comme dans A History of Violence, de ne révéler certains aspects de l'intrigue qu'au fur et à mesure, ce qui relance réellement l'attention du spectateur. Le scénario se déroule comme un écheveau, implacable et efficace, et contribue en grande partie à faire de Eastern Promises un très bon polar.

            

            Mais le film en reste t-il là ? Avec A History of Violence, on pourrait voir dans Eastern Promises une exploration de la violence dans l'homme; la violence, refoulée, tapie dans l'ombre des pulsions humaines, toujours contrôlée mais cependant sans cesse prête à éclater, qui peut dans les situations les plus banales être utilisée par n'importe quel être humain, parce que, comme un tatouage sur la peau, elle est inscrite au plus profond de l'âme humaine. Dans chaque relation humaine, la violence serait présente en filigrane. A chaque fois qu'elle s'exprime, la violence dédoublerai l'homme, peut-être entre son aspect animal et son aspect social, en tout cas elle lui donnerai comme deux "identités", l'une plus "claire", l'autre plus "sombre", deux identités entre lesquelles il ne saurait choisir dans sa course à la connaissance de soi. C'est ainsi que je comprends les deux films les plus récents de Cronenberg, mais je peux me tromper, alors toute explication est la bienvenue. un film réussi et intéressant, cependant, dans la filmographie de Cronenberg, il reste quand même en deça de The Fly par exemple.

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04 juillet 2008

Vive la vie

                                                                      

                                                                           Lauberge_espagnole

L'Auberge Espagnole

De Cédric Klapisch

         

             Les gens qui sortent d’une salle où l’on vient de projeter un film de Klapisch ont souvent l’air heureux. C’est très énervant. Même Andromarque, après avoir vu Paris, était de bonne humeur, les yeux plein d’étoiles qui pétillaient. J’ai revu hier L’Auberge Espagnole, et c’est même avec un certain plaisir que j’ai inséré la cassette dans le magnétoscope.

            Ce film est, on va dire, sympathique. Les acteurs sont tous très bien, c’est pas mal filmé, le rythme est soutenu et entrainant, la narration est agréable,  il y a des passages pas mal foutus, notamment les moments où l’action est saccadée et accélérée, où l’écran se divise en plusieurs autres sous-écrans, où les voix se superposent…Bref, d’un point de vue strictement technique, si ce n’est pas du grand art, c’est particulièrement plaisant. L’ambiance du film a également ce côté attirant, quelque chose se dégage qui met de bonne humeur. En gros, et sous divers aspects, le film est vraiment au-dessus de la moyenne des films à l’affiche.

            L’agaçant, c’est qu’on a vraiment l’impression que cette bonne humeur du film est due à la complaisance de Klapisch, qui filme la vie étudiante Erasmus un peu comme on filmerai une soirée d’anniversaire entre copains : ouais on s’est trop amusé, super cool. Et cette sorte d’unanimisme naïf et béant, entre toutes les personnes de tous les pays d’Europe, ça a franchement quelque chose d’irritant, on dirait que tout est beau, que tout s’arrange, et qu’on peut échapper à tout, même à une terne vie de bureau, grâce à la joie de l’humanité. Peut-être pas.

            Malgré tout, voilà, on reste de bonne humeur après un film de Klapisch, on ne peut pas le détester, lui et ses situations humaines idéales. Romain Gary écrivait en 1979, dans les clowns lyriques,  cette phrase qui me semble correspondre assez bien aux intentions de Klapisch dans ses films :« Puis-je lui murmurer discrètement à l’oreille qu’une chauve-souris n’annonce pas le printemps, que le crépuscule n’annonce pas le matin, mais la nuit, que ce qui caractérise les culs-de-sac, c’est que, précisément, ils n’offrent pas de débouchés et tant que l’impossible s’acharnera sur nous avec sa foreuse de dentiste, ce n’est pas par les croisades, les révolutions, les idéologies ou le suicide que l’on pourra lutter contre lui, mais uniquement par la poésie, le rire et l’amour…Il n’y a pas d’autres façons de lutte contre les horreurs de l’absolu… ». Inspirer la bonne humeur, faire des feel-good movie, quitte à être un peu complaisant, pour lutter contre une sorte d'esprit fin de siècle, desespéré? C'est peut-être le credo de Klapisch.

Posté par Dubrovski à 17:38 - Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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